La Tabaski, bien plus qu'une affaire de mouton...La communauté musulmane célébrait vendredi dernier la fête de l'Aïd El Kebir, ou Aïd al-Adha, communément appelée Tabaski en Afrique noire, et l'une des plus importantes de l'Islam.
Cette fête commémore la soumission d’Ibrahim (Abraham) à qui Dieu avait ordonné de sacrifier son fils Ismael. Au moment où celui-ci allait s'exécuter, Allah (Dieu) lui envoya un mouton par l'entremise de l'archange Gabriel pour remplacer l'enfant comme offrande sacrificielle. Pour perpétuer cette soumission totale d'Ibrahim à Allah, la Sounah recommande aux familles musulmanes de sacrifier un mouton, s'ils en ont les moyens, sinon d'autres animaux comme une vache, une chèvre ou encore un coq, en l'égorgeant, couché sur le flanc gauche et la tête tournée vers La Mecque, après la prière du matin. La viande est ensuite partagée et une partie est offerte aux nécessiteux, tandis que l'autre est dégustée au sein de la famille.
J'apprécie particulièrement cette fête car c’est l’occasion de vraiment bien manger (trop manger), de se retrouver en famille, de recevoir des sous (surtout quand on est enfant), mais surtout de perpétuer une très belle tradition. Vivre cet évènement en Afrique revête un charme particulier, que nous qui vivons en Occident aimons tant nous remémorer, dans un moment de nostalgie. À Dakar la capitale sénégalaise, par exemple, La veille de la fête est indéniablement la journée la plus frénétique. À Sandaga, le grand marché de Dakar et au marché HLM, le marché des tissus, les rues sont naturellement prises d'assaut par une foule compacte de clients, de vendeurs à la sauvette et de badauds. Les marchands d'habits et de chaussures sont indéniablement les plus sollicités. Des parents accompagnés de leurs enfants fouillent les coins et les recoins du marché pour trouver les vêtements qui les feront paraitre sous leur plus beau jour.
On peut y trouver des boubous en bazin et des chaussures de toutes sortes et à tous les prix. Dans les salons de coiffures qui foisonnent dans tous les quartiers populaires, les coiffeuses n'ont pas le temps de bavarder, les femmes font la queue pour se faire arranger la tignasse.Salons de coiffure, marchés ou couturiers, tout le monde est occupé et n'a le temps pour personne.
Cette célébration tant attendue et aussi redoutée par les chefs de famille du fait des dépenses qu'elle occasionne. En plus de devoir assurer le mouton, élément central de la Tabaski, il doit aussi essorer ses poches pour payer les habits de fête de ses enfants et de son épouse (et dans certains cas, ses épouses), sans oublier les dépenses reliées aux condiments.
Le jour J, dès les premières lueurs du soleil, on peut déjà sentir la fièvre de la fête s'emparer de la ville. Dans les quartiers, on peut entendre le bruit des machines à coudre qui apportent la touche finale sur les boubous des retardataires et les moutons bêler de toutes parts, comme s'ils savaient que la fin approchait. Dans les cours des maisons et dans la rue, les enfants qui se sont levés plus tôt que d'habitude pour laver le mouton, courent, sautent, tombent, se relèvent et reprennent leur course dans le vide, signe de leur frénésie quant à cette fête qui promet d'être belle comme à chaque année.
À huit heures déjà, les mosquées se remplissent. Les fidèles, principalement les hommes, vêtus de leurs beaux atours se suivent et s'entassent dans ce lieu saint, afin d'y faire leur 1ere prière. Quand il n'y a plus de place, des prières collectives sont également improvisées sur des places publiques. Sur le chemin du retour de la mosquée, on peut déjà sentir l'odeur des premières grillades qui titille les narines. Au menu, bouillie de mil et lait caillé ( le Lakh), puis vers 11h, brochettes de foie de mouton et côtelettes au charbon de bois. Une autre partie du mouton sera servie plus tard dans la journée, généralement accompagné d'un bon couscous et d'une sauce rouge. Enfin, le reste du mouton est, comme la coutume le veut, partagé et offert aux badauds, aux déshérités rencontrés sur la route ou aux coins de rue mais aussi aux voisins et à la famille. Aucune partie du mouton n'est épargnée, les tripes et la tête serviront à faire de délicieuses soupes pendant la période hivernale, tandis que la peau de la bête dépecée pourra servir à faire un tapis de prière ou pour décorer la maison. La fête se poursuit dans la journée et jusqu'au lendemain avec des festins (plats communs) et les traditionnelles tournées pour saluer la famille, la belle-famille et les amis proches. Finalement, la Tabaski, c'est une journée de partage, de pardon et de réjouissances. Dimanche 6 Décembre 2009
Nenitah
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